Réflexion de profane - Article publié dans le Porte ouverte au printemps 2004
Projet retraite
» Réflexion d’André Bédard, président du CRC La Maison
Propos recueillis par Mélissa Mitchell, agente de communication, ASRSQ
Il y a 4 ans de cela, on m’a approché afin que je siège sur le conseil d’administration de la Corporation de la Maison d’accueil le Joins-toi, à Granby. Il y avait alors peu de temps que j’étais retraité des services correctionnels (j’étais chef d’unité à l’établissement de Waterloo). Ayant toujours crû à la réinsertion sociale des contrevenants, j’ai accepté avec plaisir cette invitation. Sincèrement, bien que cette action puisse sembler un continuum étant donné mon profil de carrière, je n’avais pas encore songé à la possibilité de me joindre à une corporation.
Mettre les préjugés de côté
J’ai tenu à m’impliquer parce que d’une part, je ne peux rester très longtemps inactif et, d’autre part, les organismes communautaires ont besoin de gens pour les supporter. Vous savez, la réinsertion sociale des contrevenants n’est pas la plus populaire des causes. Même si les mentalités ont évolué, il est aussi difficile qu’avant d’œuvrer sur un conseil d’administration d’une maison de transition. C’est encore un sujet tabou. Le public a la perception que les administrateurs côtoient la clientèle. Cette perception est erronée, parce que notre mandat se limite à veiller au côté administratif de la Maison. Nous n’avons pas besoin de rencontrer les détenus si nous ne le désirons pas. « Vous ne trouvez pas que c’est un peu facile de se dissocier du criminel ainsi, qu’à la rigueur n’importe qui peut faire partie d’un conseil d’administration, sans croire en la réinsertion sociale? », me direz-vous peut-être. Je peux vous affirmer que si vous ne croyez pas en la cause, si vous avez des préjugés envers ces individus, vous ne pourrez pas administrer une maison de transition. Sans avoir de contact direct avec les détenus, on se bat pour la survie de la maison, chaque jour. Une maison de transition doit sans cesse être en mouvement : développer de nouveaux programmes adaptés aux réalités changeantes des contrevenants, solliciter les deux paliers de gouvernement, recruter et conserver son personnel, etc. Si vous ne croyez pas au potentiel de réhabilitation des détenus, il est difficile de défendre un établissement la favorisant.
Un travail d’équipe
Un conseil d’administration, c’est un travail d’équipe. Le fait que les gens proviennent de milieux différents, qu’ils aient des expertises différentes, font la force du conseil d’administration. Il ne faut pas brimer les opinions des autres membres lors des réunions: il faut être ouvert à ces idées qui provoquent des débats intéressants. Vous vous doutez bien que je suis vendu à la cause! Mais il est évident que les questionnements, les préjugés, les craintes envers le rôle de l’administrateur dans une maison de transition amènent le défi perpétuel de renouveler le conseil d’administration. À mon avis, il est primordial que les administrateurs soient davantage sensibilisés aux rôles et responsabilités d’un conseil d’administration, mais surtout qu’ils aient accès à de l’information et de la formation afin de bien comprendre le milieu de la justice pénale. Mieux on connaît une situation, moins elle apparaît inquiétante et plus on peut être convaincu du bien-fondé de notre action.
Contact humain, vous dites?
À l’ère de la performance et de la chirurgie esthétique, les gens s’éloignent de plus en plus les uns des autres. La race humaine semble avoir perdu le plaisir du contact humain, les relations deviennent superficielles. La vie, la vraie, implique pourtant ce contact humain ; on ne peut vivre en vase clos. Cette conviction m’a poussé à exercer un rôle de bénévole plus grand que celui d’administrateur. Je fais donc également de l’accompagnement auprès des détenus. Je le fais par plaisir, pas pour avoir de la redevance. Je me soucie très peu de ce que le détenu a fait. Je préfère même ne pas le savoir. Peut importe le crime, moi c’est l’individu que je vois. Je n’ai pas à juger l’individu, il l’a déjà été. S’il est en transition, c’est qu’il a été évalué par des spécialistes et estimé apte à faire un bout de chemin dans la société. Mon rôle est de l’aider à le faire. Aussi longtemps que ma santé me le permettra, je continuerai à œuvrer auprès de cette clientèle.
Ce texte est la réflexion que je me suis proposé de partager avec vous. Je ne veux pas vous convaincre de devenir administrateur d’une maison de transition ni de faire de l’accompagnement auprès de détenus. Je vous partage seulement ma vie et mes convictions. Je ne vous demande pas de les accepter, mais seulement de penser à ceci: les préjugés peuvent nous priver de bien belles expériences dans la vie.
"Je n’ai pas à juger l’individu : il l’a déjà été."











