Montréal, le 17 novembre 2000
L’Alliance canadienne et la justice: une position qui compromet la sécurité du public
» Par Marie Beemans, ASRSQ
Il est illusoire de croire que la protection du public sera assurée par de longues peines d’incarcération et par un resserrement des libérations conditionnelles. C’est l’opinion exprimée par des citoyens qui sont engagés, depuis plusieurs années, à assurer la réintégration sécuritaire des détenus dans la société. Plusieurs éléments de la position de l’Alliance canadienne présentent des problèmes importants. "Nous croyons important de corriger certaines informations car le système pénal est en effet complexe et trop souvent le citoyen profane est appelé à prendre position sans avoir toutes les informations. C’est dans le but d’informer le public que nous intervenons " disait madame Marie Beemans de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec.
La solution au problème de la criminalité passe par la réintégration graduelle des détenus et par une lutte à finir sur les causes de la criminalité. À commencer par celle à la pauvreté, au chômage, à la santé et à l’éducation.
L’Alliance canadienne prône une politique carcérale plus rigide, et un système judiciaire plus rigoureux allant jusqu’à éliminer l’ordonnance de sursis qui, cependant, ne s’applique nullement dans les cas de crimes graves. On parle même de faire disparaître la libération conditionnelle…
L’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ), qui regroupe des organismes à but non lucratif voués à la réinsertion sociale des contrevenants adultes, depuis 40 ans, œuvre, en étroite collaboration avec des citoyens ordinaires et des professionnels afin d’aider les contrevenants à réintégrer la communauté en citoyens respectueux des lois. De cette longue et fructueuse expérience l’ASRSQ peut tirer quelques observations dont :
- Contrairement à ce que croit l’Alliance canadienne, la libération conditionnelle n’est pas un droit !
- La Commission nationale des libérations conditionnelles n’accorde pas systématiquement une libération à chacun de ceux qui en font la demande. Dans les faits, plus de la moitié des demandes sont refusées. Le sujet doit faire la preuve de changement de comportements significatifs et durables pour recevoir son certificat de libération assorti de conditions strictes.
- Lorsque la libération est accordée, le détenu réintègre graduellement la société et y poursuit sa sentence sous surveillance étroite. Tout manquement à ses conditions de libération le ramènera au pénitencier sans revenir devant les tribunaux.
- L’incarcération coûte aux contribuables canadiens quelque 60 000,00$ par individu derrière les barreaux, coût nettement réduit lorsque celui-ci est sous surveillance et dans l’obligation de subvenir à ses besoins par ses propres moyens soit, en travaillant.
- Libérer un individu à la fin du mandat d’incarcération ordonné par la Cour serait mettre sur le trottoir, sans aucune garantie de changement de comportement, ni encadrement, ni surveillance, des individus démunis de sens civique et ne connaissant que les lois du milieu. De véritables bombes à retardement plus dangereux que lors de leur entrée dans le système.
Comme citoyens ordinaires, impliqués dans le processus de réinsertion sociale des détenus depuis de nombreuses années et ayant vu défiler dans nos "maisons de transition" un grand nombre d’hommes et de femmes ayant eu des démêlés avec la justice, nous pouvons témoigner de l’efficacité des programmes d’aide et de soutien offerts aux intéressés et du succès de ces derniers dans leur effort de réintégration dans la communauté.
Certes, il y a quelques malheureux échecs qui sont généralement outrageusement médiatisés alors que jamais il n’est fait mention des réussites bien plus nombreuses et spectaculaires de personnes, votre voisin peut-être? qui se fondent dans la masse et se font oublier du public.
Soucieux de la sécurité des biens et des personnes dans notre société, notre expérience nous permet d’affirmer que, contrairement à ce que préconise l’Alliance canadienne dans son programme, seule la réintégration graduelle des condamnés dans notre communauté peut nous assurer un milieu de vie paisible et harmonieux et, bien moins coûteux pécuniairement et humainement, que l’incarcération à tout prix!











