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Québec, le 18 janvier 2001

La situation budgétaire des Services correctionnels du Québec compromet la réinsertion sociale des contrevenants et la protection de la société

» Communiqué de presse - Pour diffusion immédiate

S'il fallait encore réduire les ressources disponibles au sein des services correctionnels du Québec, de plus en plus de contrevenants passeraient directement de la prison à la rue ce qui aurait un impact direct sur la sécurité du public.

Tel est le cri d’alarme qu’a lancé aujourd’hui l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec dans un avis au Conseil du trésor, comme suite à l’annonce de nouvelles coupures budgétaires de l’ordre de 14 millions de dollars aux Services correctionnels québécois.

L’Association, qui est un intervenant majeur dans le milieu et un partenaire actif des Services correctionnels, représente plus de 50 organismes communautaires voués à la promotion de la prévention du crime par la réinsertion sociale.

"À notre avis, le système a maintenant atteint son point de rupture et toute compression budgétaire additionnelle risquerait d’avoir des conséquences graves à la fois pour les contrevenants eux-mêmes et pour la sécurité du public en général. " a déclaré au cours d’un point de presse Mme Johanne Vallée, la directrice générale de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec.

" Les programmes de réinsertion sociale sont déjà réduits à leur strict minimum dans plusieurs centres de détention et complètement inexistants dans d’autres, avec comme résultat que les contrevenants ont de moins en moins la possibilité d’effectuer une transition progressive entre la prison et la communauté " précise le document remis au Conseil du trésor.

L’Association des services de réhabilitation sociale du Québec considère que cette nouvelle ponction, si elle se concrétise, mettra carrément en péril la capacité des Services correctionnels québécois à assurer la protection du public par la réinsertion sociale.

Les Services correctionnels du Québec ont la responsabilité des personnes condamnées à une peine allant jusqu’à deux ans moins un jour. Ces personnes peuvent être en probation, condamnées à des travaux communautaires, des travaux compensatoires ou être incarcérées dans un centre de détention.

Or, au cours des dernières années, les Services correctionnels du Québec ont dû procéder à de multiples compressions atteignant près de 27 millions de dollars, contribuant ainsi largement à l’effort de rationalisation des dépenses du gouvernement.

Pour faire face à l’ensemble de ces compressions budgétaires, plusieurs mesures ont été prises par les autorités, notamment :

  • fin des programmes de réhabilitation à la prison de Bordeaux,
  • fin des services professionnels dans ce même établissement,
  • compressions importantes dans le programme des travaux compensatoires,
  • fermeture d’établissements de détention
  • multiples réorganisations à l’interne;
  • réduction du financement de certains programmes de réinsertion sociale.

"Aujourd’hui, sans programmes adéquats, les centres de détention se transforment de plus en plus en énormes stationnements où les détenus attendent simplement le moment de leur libération. " a précisé Mme Vallée.

Le document remis au Conseil du trésor précise qu’en matière de surveillance de délinquants en probation ou en libération conditionnelle, certains agents de probation ont parfois plus de 100 individus à surveiller.

Ces mêmes agents doivent également éclairer la cour sur la sentence la plus appropriée selon l’évaluation qu’ils doivent faire du condamné. Dans ce contexte de surcharge de travail, il leur est de plus en plus difficile de livrer la marchandise.

Selon madame Vallée, "En ajoutant de nouvelles compressions budgétaires, le gouvernement risque, sans s’en rendre compte, de créer un contexte où l’insécurité croissante des citoyens face aux contrevenants, mènera à des revendications davantage favorables à la punition pure et simple et cela est dispendieux à bien des égards. Les études démontrent que la réinsertion sociale est à la fois plus économique et plus efficace que l’approche purement punitive. Cette approche permet aux citoyens d’économiser des millions de dollars qui autrement seraient dépensés en soins de santé pour les victimes, frais de justice, de police et en perte de revenus de salaire."

En effet, il en coûte en moyenne 149.00 dollars par jour pour maintenir un contrevenant en institution, alors que s’il a accès à une maison de transition le coût pour l’État n’est que de 57.00 dollars. Quant aux coûts d’un programme de travaux compensatoires, ils se chiffrent à seulement quelques dollars quotidiennement.

Par ailleurs, les études démontrent que les contrevenants ayant accès à des programmes de réinsertion sociale sont beaucoup moins susceptibles que les autres de récidiver.

L’Association des services de réhabilitation sociale du Québec est d’opinion que les maigres ressources dont disposent les Services correctionnels du Québec ne leur permettent aucunement d’accomplir leur mission fondamentale qui est d’assurer la protection de la société en assurant la réinsertion sociale des contrevenants et en éclairant les intervenants judiciaires devant permettre l’imposition des mesures sentencielles appropriées.

L’Association appuie son opinion à la fois sur le rapport annuel du Protecteur du citoyen qui réclamait lui aussi l’arrêt des compressions budgétaires aux services correctionnels, de même que sur les nombreux témoignages qu’elle reçoit de toutes les régions du Québec, de la part de bénévoles actifs au sein d’organismes membres, lesquels sont très inquiets de la situation qui prévaut.

En tant que citoyens engagés dans ce milieu, ils croient qu’il est dans l’intérêt public de financer de manière adéquate les services correctionnels du Québec. L’objectif étant de résoudre définitivement le problème de délinquance de certains individus et d’éviter que des citoyens deviennent victimes. Autrement, cela équivaut à favoriser l’accroissement des coûts de santé et les autres coûts liés à la criminalité (frais de justice, d’assurance, etc.).

Enfin, ces personnes engagées souhaitent que la population reconnaisse que le travail après des délinquants adultes est complexe. Là où les autres systèmes ont échoué (famille, éducation, marché du travail, etc.) les intervenants des services correctionnels sont interpellés pour agir auprès d’individus éprouvant de graves difficultés afin de les aider à corriger leur problème pour que ces délinquants deviennent des citoyens productifs et respectueux de leur entourage. Le défi est majeur et nécessite l’appui concret du gouvernement, et aussi de l’ensemble de la population.

L’Association des services de réhabilitation sociale du Québec recommande en conclusion au gouvernement du Québec d’annuler les compressions budgétaires de 14 millions annoncées aux Services correctionnels et d’investir à nouveau dans les programmes de réinsertion sociale afin de garantir à la population que la réinsertion sociale existe bel et bien et n’est pas qu’une expression vide de sens.

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