Montréal, le 7 février 2008
L'ASRSQ doute de la nécessité d'accroître le nombre de cellules au Québec
» Communiqué de presse - Pour diffusion immédiate
Dans le but de remédier à la surpopulation qui affecte les établissements de détention de la province, le gouvernement Charest vient d’annoncer un investissement de 567 millions $. Ce montant servira à construire quatre nouvelles prisons à Roberval, à Sept-Îles, à Amos et en Montérégie, de même qu’à rénover les établissements de Montréal, Québec et Sherbrooke. L’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ), si elle reconnaît la vétusté de certains établissements et un important besoin de rénovations, considère toutefois que l’augmentation du nombre de cellules n’est pas la meilleure façon de régler le problème de la surpopulation. Au contraire, investir dans les infrastructures plutôt que dans les programmes et les activités de réinsertion sociale pourrait même compromettre la sécurité du public. D’ailleurs, il est étonnant que le ministère de la Sécurité publique refuse de fournir certaines études sur lesquelles il s’est basé pour arriver à la conclusion que davantage de cellules étaient nécessaires. De plus, l’ASRSQ considère que de privilégier un investissement dans les infrastructures plutôt que dans les activités de réinsertion sociale pourrait même compromettre la sécurité du public.
Surpopulation carcérale
Depuis plusieurs années, les établissements de détention provinciaux sont aux prises avec un important problème de surpopulation. C’est pour y remédier que le gouvernement a annoncé ce matin un investissement majeur. Ce qui étonne, toutefois, c’est le refus du ministère de la Sécurité publique à fournir les données sur lesquelles il s’est basé pour arriver à la conclusion que davantage de cellules étaient nécessaires.
Selon l’ASRSQ - qui a déjà réuni un comité d’experts sur la question de la capacité carcérale - deux facteurs expliquent le phénomène de surpopulation : la surreprésentation des prévenus et la diminution drastique des remises en liberté. L’an dernier, sur les 3556 places existantes, 1718 personnes étaient en attente de leur procès, soit 48%. Entre 2000-2001 et 2005-2006, le nombre de personnes en détention provisoire a augmenté de 34,5%. Il est dommage qu’aucune réflexion n’ait lieu sur la problématique des prévenus. Nous croyons qu’il existe des façons de désengorger les prisons à un moindre coût. D’ailleurs, il importe de souligner que les ressources communautaires pourraient être mieux utilisées. De plus, laisser certains prévenus non dangereux en communauté leur permettrait de poursuivre des études ou conserver un emploi et d’assumer leurs responsabilités vis-à-vis leurs familles.
De moins en moins de sorties
Malgré une diminution des admissions, la population carcérale moyenne quotidienne a continué d’augmenter depuis une dizaine d’années. De plus, le temps passé en incarcération est de plus en plus long, même s’il a été plusieurs fois prouvé que cette pratique n'est bénéfique pour personne. En 2005-2006, les absences temporaires ont chuté de 69%, passant de 1069 à 317. Il serait surprenant que les détenus soient plus dangereux qu’ils ne l’étaient avant! Cette pratique nous amène d’ailleurs à questionner les pratiques d’intervention en vigueur au sein des services correctionnels.
Fait important, au Québec la criminalité est en baisse constante depuis dix ans. Par ailleurs, la nouvelle Loi sur le système correctionnel du Québec vise à assurer une meilleure protection du public par un resserrement des critères d’admissibilité aux programmes de remise en liberté. Avec la mise en vigueur de cette loi, les services correctionnels ont la responsabilité d’évaluer la clientèle et de leur fournir un encadrement adapté à leurs besoins, ce qui nous fait croire qu’on devrait voir bientôt une diminution des besoins d’incarcération.
Investir dans le béton
Les mesures prises par le gouvernement Charest soulèvent plusieurs interrogations. Malgré le fait qu’il est indéniable que les établissements aient besoin de rénovations, investir une telle somme dans des infrastructures plutôt que dans la prévention de la criminalité, ses problématiques sous-jacentes et des mesures d’intervention visant la réinsertion sociale ne s’avère pas une décision éclairée. Les 338 places additionnelles qui seront disponibles amèneront des coûts importants. Sachant qu’un détenu coûte 160$ par jour à l’État, c’est presque 20 millions $ qui seront nécessaires chaque année. La durée moyenne d’incarcération au provincial est d’environ un mois alors que la peine maximale, de deux ans moins un jour. Tous ceux qui sont détenus dans ces établissements seront donc, tôt ou tard, remis en liberté, d’où l’importance d’axer les interventions sur la réinsertion sociale. Est-il vraiment nécessaire de miser sur l’incarcération alors que d’autres solutions existent et que la criminalité diminue sans cesse?
Une prison pour délinquants sexuels
11 millions de dollars seront consacrés à un établissement de détention pour délinquants sexuels. L’endroit n’a pas encore été annoncé : tout porte cependant à croire que la prison de Percé sera choisie, ce qui nous préoccupe grandement. L’ASRSQ tient toutefois à saluer l’initiative de mettre (enfin!) sur pied des programmes destinés aux délinquants sexuels. Par contre, il sera important d’assurer une continuité en réinsertion sociale une fois la thérapie terminée.
À propos de l’ASRSQ
L’ASRSQ regroupe 55 organismes communautaires à but non lucratif œuvrant auprès de personnes ayant des démêlés avec la justice. Parmi ces organismes travaillant à la promotion de la prévention du crime par le développement social, on retrouve des maisons de transition, des services d’employabilité, des organismes de surveillance communautaire, des services spécialisés en délinquance sexuelle, en santé mentale et en toxicomanie, des programmes de travaux compensatoires, etc. L’ASRSQ supporte et encourage la participation des citoyens dans la prise en charge des problèmes reliés à la justice.
Pour plus d’informations sur l’ASRSQ, visitez notre site internet : www.asrsq.ca
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